Questions à François Miville-Deschênes
1) Qui est Olivier Raynaud, dont le nom est cité à propos du premier tome - mais n'apparaît pas sur la couverture de l'album ? Le tome 1 a-t-il été scénarisé par lui ou par Richard Nolane? - Richard D. Nolane est un auteur aussi étrange que certains des personnages qu’il imagine. Il est convaincu d’être doué du don d’ubiquité, mais en réalité, il souffre hélas d’un trouble mental de personnalité multiple. Ce triste état l’amène parfois à signer Richard D. Nolane, Olivier Raynaud, Jeffrey Lord ou Don A. Seabury. 2) La série est-elle prévue en un nombre prédéfini d'albums (si oui, combien ?) ou bien son déroulement tient-il uniquement au fil de vos inspirations, à Richard Nolane et à vous-même? - Il n’y a pas de limite connue, sauf celle de l’imagination de Richard. Bien entendu, si le succès, d’un point de vue commercial, n’est pas suffisamment convaincant, l’Éditeur nous le fera clairement comprendre, aucun doute de ce côté-là. Heureusement, c’est le contraire qui se produit pour le moment, Millénaire semble bien avoir trouvé son public. De toute façon, il reste peu de temps avant l’an mil (et l’Apocalypse) dans le récit, on ne peut donc pas étirer la chose indéfiniment. Richard m’a déjà confié qu’il voyait bien dix albums pour clore le cycle. Je pense que huit serait bien aussi, à moins que mon scénariste ait réellement besoin de temps et de planches pour finir d’échafauder les entrelacs monumentaux de ce monstrueux complot dont Raedwald n’entrevoit pour l‘instant que l’ombre du pan qu’il vient à peine de soulever. L’avenir le dira. 3) Avez-vous eu besoin de longues études, de longues recherches préalables pour préparer votre dessin et l'adapter à l'époque où se situe Millénaire ? - Ayant été illustrateur scientifique et historique durant de nombreuses années avant de me consacrer à la bande dessinée, j’avais déjà à ma disposition une bibliothèque fort bien garnie. Néanmoins, la nature périssable des matériaux constituant la plupart des édifices en l’an mil, rendait la conservation des manuscrits et autres sources appréciables d’information périlleuse. La dissémination des monastères, lieux par excellence de savoir et de préservation du patrimoine écrit, ne connaissait pas encore l’essore qui viendrait deux ou trois cents ans plus tard ; il est donc très ardu de trouver de riches sources iconographiques. Cela ne me rebute pas de devoir me livrer à certaines recherches, puisque j’y découvre toujours quelque chose qui m’était inconnu. Par exemple, dans le quatrième tome, nos héros se trouvent à Paris et je me suis livré à quelques explorations dans les musées de la ville afin d’en savoir plus sur l’aspect de la cité à l’époque. Eh bien, même au « Musée du Moyen Âge » et au « Musée de Cluny » il n’y avait rien concernant l’an mil ! Je reconnais avoir été un peu déçu, quand même. C’est finalement dans les livres spécialisés glanés en bouquineries que j’ai vraiment trouvé ce qu’il me fallait, souvent sous forme textuelle. Il faut ensuite faire intervenir un peu l’imagination en se fiant parfois à des descriptions plus tardives. Oui, on triche un tantinet, mais comme les choses ne changeaient pas très rapidement en ces âges farouches, on peut se permettre d’improviser un brin. Quel lecteur pourra me reprocher d’être inexact parce que la dernière planche supérieure de la quille d’un knorr n’était pas clouée de cette façon, mais plutôt chevillée de biais? Hein? Je vous le demande. |
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4) pour les créatures mythiques - goules et trolls, les sylphes n'étant pas encore apparus - comment les avez-vous créées? de quelle documentation êtes-vous parti? - Pour la goule du tome 1, je me suis basé sur la description qu’en faisait Richard dans son découpage : une espèce d’amalgame de Gorille, d’ours et de loup-garou. Curieusement, le côté porcin de la chose n’est apparu qu’au crayonné final, spontanément, sur la planche. L’aspect « sanglier » constitue une caractéristique physique quelque peu paradoxale, puisque la créature est originaire d’orient, là où le porc, animal honni, est considéré comme étant particulièrement impur. Mais en y songeant, je me dis qu’après tout, il est normal que le cochon ait été vilipendé en ces pays, si son aspect rappelle tant celui de ces monstres nés dans le grésillement des sables brûlants du Levant. 5) Faites-vous des propositions de modifications du scénario à Richard Nolane avant de dessiner - par exemple, y a-t-il des personnages qu'il a introduit dans l'histoire suite à vos suggestions ? - Ma première remarque -teintée de déception, je l’avoue- après avoir lu le synopsis du premier tome de la série (Les Chiens de Dieu) fut « Il n’y a pas de femme, là-dedans!? » |
6) Le scénariste vous fournit-il des indications extrêmement précises, pour l'aspect des personnages, ou bien avez-vous une marge de créativité assez importante? - Nous travaillons en respectant une espèce d’accord tacite qui fait de Richard le « spécialiste du texte » et de moi celui de « l’image » ; à chacun son métier et les vaches seront bien gardées! Il n’empêche que Richard suggère parfois des angles de vue particuliers, mais s’ils ne se prêtent pas au découpage en raison des cases précédentes ou des suivantes, je choisis autre chose que ce qu’il proposait. Le dynamisme ou l’effet dramatique peut parfois trouver avantage à être présenté différemment de ce qu’il avait imaginé, je ne me gêne donc pas pour procéder de la manière que je juge la plus efficace et qui favorisera au maximum la lisibilité de l’histoire. Richard se limite habituellement au texte des dialogues sans indication concernant les angles de vue; ce serait une perte de temps pour lui, puisque je n’en fais finalement qu’à ma tête… S’il donne des précisions, c’est à propos des actes posés dans telle ou telle autre case par les protagonistes ou en ce qui concerne un détail important pour la compréhension du récit. 7) Comment travaillez-vous avec le scénariste? La collaboration à distance n'est-elle pas trop contraignante? - Nulle contrainte et cela même si Richard habite à environ mille kilomètres de chez moi (il réside à Montréal depuis quelques années). Pour être plus précis, nous ne nous parlons jamais de vive voix, sauf lors des salons et festivals; tous nos échanges se font par le truchement d’internet. Je lis d’abord son synopsis, lui indique mes préférences et suggestions, il rédige ensuite son découpage textuel, puis je lui envoie mes ébauches de découpage graphique avant chaque page. Cette dernière étape tient davantage du respect d’un accord conclu au début de notre collaboration, car il ne me demande jamais de modifier quoi que ce soit. Force m’est d’admettre que cela lui serait difficile, vu le traitement extrêmement sommaire des esquisses que je lui soumets… |
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